Vendredi 13 avril 2012 5 13 /04 /Avr /2012 14:29

 

Mohammed Dib

Habel

Edition de la différence

2011 dib.jpg

 

 

Habel. Le frère de Caïn. Mohammed Dib écrivait que de nos jours, Caïn n'aurait pas tué son frère, il l'aurait poussé sur les routes de l'exil. Cet exil, Habel l'accepte. Il quitte sa patrie pour fonder une civilisation nouvelle de l'autre côté de la mer. Habel vit à Paris. Il révère son frère et ses paroles pleines de sagesse dans un monologue en italique à la première personne. Puis, à mesure que le livre avance, Habel perçoit un double sens dans les mots de son frère et se révolte petit à petit, contre cette voix qui n'a pas de nom.

Le reste de l'ouvrage est pris en charge à la troisième personne. Le drame de l'exil n'est pas ce qui domine dans le livre. Ici, ce qui surprend, dès les premières pages, c'est l'amour fou, dévorant, d'Habel et de Sabine. Ils font l'amour, s'absorbent, ou passent des heures dans un café « Au plaisir des coeurs ». Des heures à s'observer, car Habel, souvent, demeure silencieux, tourné en lui-même, et Sabine, tournée vers lui cherche à lui arracher des mots qu'il se refuse à prononcer. Face à son mutisme, elle invente une langue nouvelle qui perturbe un peu Habel. Ses analogies lui sont bien particulières et elle se plaît à changer l'orthographe des mots. Alors, parfois, Habel ne la comprend plus.

Une nuit, à un carrefour, Habel manque de mourir et il n'aura de cesse les nuits suivantes de se présenter à la même heure, à ce même carrefour, espérant que les mêmes causes reproduiront les mêmes effets, mais la mort ne revient pas le prendre. A la place, il fait la connaissance d'un personnage double, nommé « le Vieux » ou « la dame de la merci ». Un homme qui se fait passer pour une femme, un écrivain aussi. Sous des atours différents, il cherche à initier Habel à une sorte de mystère avant de lui donner un manuscrit. Habel se laisse entraîner, délaissant Sabine sur ce chemin nouveau. Au même moment, il rencontre l'insaisissable Lily. Elle se donne à lui puis disparaît dans des fugues toujours plus longues. Elle vend son corps. Elle ne le reconnaît plus. Elle le déchire, il veut l'agripper plus fort en vain. Lily souffre d'une maladie mentale qui la fera interner. Plus exilée qu'Habel, en un asile qui n'en est pas un.

Roman complexe et mystérieux, Habel perd le lecteur dans les rues de Paris. Le roman est une succession d'abandons sur un chemin sans avenir. Le lecteur reste à attendre tantôt avec Sabine au café, tantôt sur le carrelage de sanitaires sales, ou encore devant leatable de travail du Vieux.

Dans sa préface, Habib Tengour, avoue ne pas toujours avoir compris cet ouvrage étrange, bien que connaissant un peu l'œuvre de Mohammed Dib. Les lectures répétées ouvrent chaque fois un peu plus le champ de sa compréhension, sans véritablement refermer celui des mystères. Peut-être pas le premier livre à choisir pour découvrir Mohammed Dib, à moins d'avoir envie de remonter le fil de ses écrits et d'assouvir une certaine curiosité.à A coup sûr une lecture décisive pour qui aime être déconcerté

Par obsolescence - Publié dans : Roman
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Dimanche 5 février 2012 7 05 /02 /Fév /2012 21:10

 

Le carnaval des voleurs

Sonia Delmas

Actes sud junior

2001

 

  carnaval-des-voleurs-copie-1.jpg Alexandre Stora faussaire à la retraite est rattrapé par son passé. Le commissaire Granier lui demande de mettre ses talents au service de la police pour faire tomber le responsable d'un trafic d'oeuvres d'art à l'échelle européenne. Bon gré malgré, Alexandre Stora se prête au jeu et se retrouve au coeur d'une énygme qui met en scène une foule de personnages pendant le carnaval de Venise. En effet, ses commanditaires lui imposent de se rendre à Venise pour leur livrer un faux Tiepolo qui doit être exposé, lors de la soirée mondaine de l'année à l'Association Vénitienne pour la Protection du Patrimoine, à la place de l'original prétenduement restauré. Cette soirée organisée par le comte Fosco concentre toutes les intrigues. Tous les personnages de ce roman policier que l'on croise sans bien comprendre d'où ils viennent, ni ce qu'ils font là, s'y trouvent reliés. C'est à la fois l'intérêt et le desagrément de ce court polar à destination des très bons lecteurs. Ces derniers risquent de se perdre dans le dédale des rues étroites et brumeuses de la cité lacustre où les personnages principaux ne sont pas qui l'on croit, où l'on prend l'histoire de chacun en cours, devant accepter aussi de l'abandonner au profit d'une intrigue finalement assez convenue.

Par obsolescence - Publié dans : Jeunesse
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Samedi 14 janvier 2012 6 14 /01 /Jan /2012 19:09

 

Mes hommes de lettres,

Catherine Meurisse,

préface de Cavanna

Edition Sarbacane

2008

 

meurisse-couv.jpg

  Mes hommes de lettres, est une BD qui permet de découvrir une sélection d'auteurs du Moyen Age au XXe siècle qui ont façonné notre histoire littéraire. Plus qu'aux auteurs, c'est souvent à leurs personnages que Catherine Meurisse donne la parole, laissant chacun s'exprimer dans la cacophonie et donner sa version de son actualité; à la manière du La Fontaine qu'elle peint en sorte de maître d'école qui ne parvient plus à se faire écouter de ses animaux qui le chahutent, et commence à regretter de leur avoir donné la parole, quand bien même il en va de l'éducation d'un prince.

Ce prince, Louis XIV en devenir, occupe tout le XVIIe et a côtoyé les plus grands :Racine, Molière, Corneille, ce qui lui fait dire que le XVIIe siècle, c'est un peu lui. Comme le XIXe est un peu celui de Victor Hugo.

Nécessairement, Catherine Meurisse fait des choix, et le lecteur, selon ses goûts et sa curiosité, regrettera peut-être l'inégalité de représentation de certaines époques. Si le Moyen Age est tout particulièrement réussi, le lecteur suivant de pages en pages le jongleur Renart donner son avis sur l'entreprise romanesque qui rebaptisera de son nom son homologue du règne animal et se moquer gentiment des héros Roland et Perceval; le XX e siècle en comparaison apparaît bâclé.

renart.jpg

Certes, il est très drôle de suivre ce Gaston Gallimard qui, faute de réactivité ou de patience, laissera passer Mauriac et Céline, après avoir sous estimé Proust une première fois.

proust.jpg

Néanmoins, reléguer Gide au rang de consultant chez Gallimard, Cocteau en amant aveuglé par Radiguet ou Colette en émancipatrice populaire, pour finir par réunir les plus grands noms dans un cabaret à Saint Germain n'a pas la tenue des anecdotes ou de l'inventivité réservées aux siècles précédents. En effet, comment résister aux planches révélant au XVIe siècle Michel de Montaigne allongé sur un canapé et psychanalysé par Montaigne lui-même, annonçant le Rousseau juge de Jean-Jacques. Comment ne pas rire devant les affres de Victor Hugo metteur en scène d'Hernani aux prises avec sa comédienne Mademoiselle Mars prenant quelques libertés avec les répliques de sa Doña Sol.

A chaque approche d'un écrivain, on ne peut s'empêcher de penser que c'est terriblement bien vu et remarquablement croqué! En quelques traits, la caricature fait mouche, c'est que Catherine Meurisse s'est non seulement approprié comme personne l'enseignement reçu pendant ses études de lettres, mais qu'elle est aussi dessinatrice de presse au Charlie Hebdo où elle serait la seule femme salariée!

Son ton facétieux se retrouve dans les pages de garde, traits noirs sur fond rouge. lors d'une séance de dédicace où se côtoient les auteurs de Et si c'était vrai et des Misérables, on voit un Hugo boudeur et incrédule tourner le dos à la longue file d'attente qui patiente pour un mot de Marc Lévy. Jusqu'à ce que Lévy parti, Hugo demeuré rencontre sa petite héroïne.

Par obsolescence - Publié dans : BD
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Lundi 12 décembre 2011 1 12 /12 /Déc /2011 10:09

 

Garin Trousseboeuf, L'anneau du Prince Noir

Evelyne Brisou-Pellen

Folio Junior

2004

 

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          Garin Trousseboeuf est un jeune scribe d'environ treize ans. Délaissé par ses parents, il doit sa survie et son éducation à ses soeurs et à son placement chez des moines qui se chargèrent de l'instruire. Dans cette nouvelle aventure, Garin se retrouve dans le sud-ouest de la France. Bien décidé à passer l'hiver sous un climat plus doux que sa Bretagne natale et à trouver un peu de quiétude. Malheureusement, c'est la période que choisit le roi d'Angleterre pour envoyer son fils Edouard de Woodstock rappeler aux français infidèles qu'il est le roi, et les punir d'avoir fait allégeance au roi de France Jean le Bon.

       Cet arrière plan historique n'est pas immédiatement accessible au lecteur. Le narrateur qui s'intéresse majoritairement au point de vue de Garin, n'apporte de détails qu'une fois que Garin lui-même a tiré ses conclusions des faits étranges ou incertains qu'il rencontre sur son chemin. Tout le début du roman est d'ailleurs assez alambiqué et peut décourager les lecteurs les plus fragiles. En effet, Garin fait la connaissance d'un jeune seigneur qui lui confie une lettre de la plus haute importance selon ses dires. Il demande à Garin de la faire parvenir à Cordes. Celui-ci accepte et essaie d'obtenir des informations de ce jeune homme cultivé qui voyage à cheval depuis plusieurs jours au sujet des feux qui s'élèvent dans la vallée. Le jeune homme feint de n'en rien savoir et laisse Garin découvrir seul l'ampleur du danger. En direction de Toulouse, l'armée anglaise ravage des villages pillant les ressources, violant les femmes, décapitant des enfants, assassinant les hommes qui tentent de protéger famille et biens; avant d'y mettre le feu. Garin assiste impuissant au désastre avant de demander à quelques survivants pourquoi ils n'avaient pas fui. C'est qu'un jeune seigneur les avaient prévenus que le danger était dissipé et que l'armée qui s'avançait était celle du roi de France venue protéger son peuple. Commence alors pour Garin et ses compagnons d'infortunes croisés en chemin, un voyage fait de forêts, de marécages et de rivières. Garin est décidé à avertir le plus grand nombre possible de cités du danger avant leur destruction, mais bien peu d'hommes croient un garçonnet de treize ans, tout scribe qu'il est, et il va lui falloir toute l'ingéniosité dont il est capable et une bonne dose d'humour pour persévérer dans cette voie tout en sauvant sa peau à maintes reprises.

 

           A mesure que Garin absorbe les kilomètres, le mystère de désépaissit et le contexte historique trouble de cette période s'éclaircit. Evelyne Brisou-Pellen est une grande romancière qui sait suffisamment bien manier ses rebondissements, le point vue externe associé à des pointes au discours indirect libre, et l'humour, pour tenir le lecteur en haleine de chapitre en chapitre tout en dispensant, parfois un peu maladroitement, un certain nombre d'informations didactiques sur le calendrier médiéval, l'artisanat de la teinturerie, l'archivage, l'art de la guerre et de la défense ou la manière de s'occuper d'un nourrisson. L'imaginaire du lecteur est tant sollicité que l'on ressort de sa lecture en ayant le sentiment d'avoir vu un film, tant la représentation de certaines situations laisse des images profondes à l'esprit. A tel point que lorsque l'on ne connaît pas les aventures de Garin, on quitte ce livre avec l'envie de découvrir toute la série.

 

Pour connaîtres les autres titres de la série, c'est par ici

Par obsolescence - Publié dans : Jeunesse
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Dimanche 4 décembre 2011 7 04 /12 /Déc /2011 10:06

Héros? Peut-on leur donner ce nom? Ils n'ont rien entrepris de sublime, n'exigeant qu'un droit élémentaire, celui de vivre, librement, dans un monde qui soit humain. La vraie grandeur est sans doute dans cet obscur combat, où, privés de l'enthousiasme des foules, quelques individus, mettant leur vie en jeu, défendent, absolument seuls, une cause autour d'eux méprisée. Ils luttent, avec un humble héroïsme, pour ce qui est modeste, très quotidien, mais non point sans valeur; et dans le même moment, des despotes habiles sont acclamés sur l'estrade publique, qui ne promettent, sous prétexte de puissance, qu'une gloire honteuse et la misère.

Inge Scholl, La Rose Blanche, Editions de Minuits, 2008, p.19.

 

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