Mohammed Dib
Habel
Edition de la différence
2011
Habel. Le frère de Caïn. Mohammed Dib écrivait que de nos jours, Caïn n'aurait pas tué son frère, il l'aurait poussé sur les routes de l'exil. Cet exil, Habel l'accepte. Il quitte sa patrie pour fonder une civilisation nouvelle de l'autre côté de la mer. Habel vit à Paris. Il révère son frère et ses paroles pleines de sagesse dans un monologue en italique à la première personne. Puis, à mesure que le livre avance, Habel perçoit un double sens dans les mots de son frère et se révolte petit à petit, contre cette voix qui n'a pas de nom.
Le reste de l'ouvrage est pris en charge à la troisième personne. Le drame de l'exil n'est pas ce qui domine dans le livre. Ici, ce qui surprend, dès les premières pages, c'est l'amour fou, dévorant, d'Habel et de Sabine. Ils font l'amour, s'absorbent, ou passent des heures dans un café « Au plaisir des coeurs ». Des heures à s'observer, car Habel, souvent, demeure silencieux, tourné en lui-même, et Sabine, tournée vers lui cherche à lui arracher des mots qu'il se refuse à prononcer. Face à son mutisme, elle invente une langue nouvelle qui perturbe un peu Habel. Ses analogies lui sont bien particulières et elle se plaît à changer l'orthographe des mots. Alors, parfois, Habel ne la comprend plus.
Une nuit, à un carrefour, Habel manque de mourir et il n'aura de cesse les nuits suivantes de se présenter à la même heure, à ce même carrefour, espérant que les mêmes causes reproduiront les mêmes effets, mais la mort ne revient pas le prendre. A la place, il fait la connaissance d'un personnage double, nommé « le Vieux » ou « la dame de la merci ». Un homme qui se fait passer pour une femme, un écrivain aussi. Sous des atours différents, il cherche à initier Habel à une sorte de mystère avant de lui donner un manuscrit. Habel se laisse entraîner, délaissant Sabine sur ce chemin nouveau. Au même moment, il rencontre l'insaisissable Lily. Elle se donne à lui puis disparaît dans des fugues toujours plus longues. Elle vend son corps. Elle ne le reconnaît plus. Elle le déchire, il veut l'agripper plus fort en vain. Lily souffre d'une maladie mentale qui la fera interner. Plus exilée qu'Habel, en un asile qui n'en est pas un.
Roman complexe et mystérieux, Habel perd le lecteur dans les rues de Paris. Le roman est une succession d'abandons sur un chemin sans avenir. Le lecteur reste à attendre tantôt avec Sabine au café, tantôt sur le carrelage de sanitaires sales, ou encore devant leatable de travail du Vieux.
Dans sa préface, Habib Tengour, avoue ne pas toujours avoir compris cet ouvrage étrange, bien que connaissant un peu l'œuvre de Mohammed Dib. Les lectures répétées ouvrent chaque fois un peu plus le champ de sa compréhension, sans véritablement refermer celui des mystères. Peut-être pas le premier livre à choisir pour découvrir Mohammed Dib, à moins d'avoir envie de remonter le fil de ses écrits et d'assouvir une certaine curiosité.à A coup sûr une lecture décisive pour qui aime être déconcerté
