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Un peu de tout et de n'importe quoi, mais toujours de la lecture.

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Antigone

Antigone

Jean Anouilh

La Table Ronde

1946

 

 

Une jeune-fille entre au palais, au petit matin, ivre d'un crime dont la révélation sera différée longtemps : elle a bravé l'interdit. Défiant l'autorité de son oncle et la mort qui lui sera réservée, elle a recouvert de terre le corps pourrissant de son frère Polynice.

Dans la version d'Anouilh, peu importe de savoir qui était le bon frère et le mauvais frère, celui qui méritait les honneurs et celui qui méritait les injures faites à sa dépouille. Peu importe de savoir si Antigone se sacrifie pour honorer la loi des dieux plutôt que la loi des Hommes. Peu importe de savoir ce qui fait de Créon un tyran plutôt qu'un chef légitime.

Ici, Anouilh déplace les interrogations antiques. La version de Sophocle, ses lecteurs la connaissent et réécrire n'est pas répéter. Dans cette version rédigée en 1945, Anouilh oppose deux mondes : celui des enfants, vrai, exigeant, intransigeant, autoritaire et impatient, à celui des adultes, équilibré, précautionneux et corrompu. Antigone se bat pour préserver son idéalisme quand Créon ménage le populisme.

Fidèle à la tragédie, chacun demeure aveugle et sourd aux manifestations d'actions et de pensées extérieures : la machine est en marche, rien de ne peut l'arrêter. Le choeur le rappelle dès la fin de ce qui peut être considéré comme le premier acte (la pièce n'est pas typographiquement découpées en actes et scènes). Nul, ni spectateur, ni personnage, n'a l'illusion que les discours pourraient changer quelque chose au déroulement de la fatalité. Les mots mentent, Créon le soutient "Rien n'est vrai que ce qu'on ne dit pas".

En choisissant d'accentuer la notion de fatalité, Anouilh s'écarte de la grandeur des héros antique. Contrairement à la pièce de Sophocle, dans celle-ci, les personnages, le choeur compris, sont englués dans une passivité désarmante : la tension entre les personnages est amoindrie, les disputes ont lieu sans éclat, chacun attend le sort qu'il sait lui être réservé, chacun s'y soumet. Comme si les personnages disparaissaient derrière leurs rôles déjà trop connus depuis des siècles, comme si chaque personnage d'Anouilh connaissait lui aussi son homologue antique, connaissait déjà l'histoire, et, un peu las, la laissait se dérouler.

Dans le contexte d'écriture, peu importe qui a tort ou qui a raison puisque chacun est pris dans une Histoire bien plus grande que les destins individuels et que le sentiment général qui étreint les peuple est celui de l'impossibilité de sortir d'une situation où le présent comme l'avenir ne réservent que la soumission ou la mort. L'épilogue de la pièce en oublierait presque la famille des Labdacide :

Ceux qui croyaient une chose, et puis ceux qui croyaient le contraire - même ceux qui ne croyaient rien et qui se sont trouvés pris dans l'histoire sans y rien comprendre. Morts pareils, tous, bien raides, bien inutiles, bien pourris. et ceux qui vivent encore vont commencer tout doucement à les oublier et à confondre leurs noms

 

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